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Philippe Bianconi et ses Préludes de Debussy récompensés par un Diapason d'Or

"Une douce lueur dans une année Debussy jusqu'ici bien terne. On ne l'attendait plus cette version moderne des Préludes qui mettrait tout le monde d'accord soixante ans après Marcelle Meyer, plus de trente ans après Michelangeli. Et voici que, dès les premiers accords de Danseuses de Delphes, on rend les armes face à une sonorité onctueuse, un jeu où tout semble aller de soi, un sens du rebond qui relance en permanence le discours".

Musicien trop discret, Philippe Bianconi, la cinquantaine tranquille, réussit la performance, sinon d'être vingt-quatre fois génial, du moins de viser juste en trouvant le climat adapté à chacun des Préludes. Le pianiste français a complétement largué les amarres au moment d'aborder sur l'Île joyeuse des Préludes avec ce surplus de liberté, de sérénité, de malice que l'on retrouve chez ceux qui ont encore gardé quelques secrets à révéler. D'une extrême précision, le trait (comme la couleur indissociables ici) ne contraint pas un instant le jaillissement musical. En cela Bianconi évoque davantage Meyer que Michelangeli. Il est comme son Vent d'Ouest, il en a vu des choses... et ne nous dit pas tout. Ces préludes n'en sont d'ailleurs pas vraiment, ni même des images; plutôt des microfictions, des pages arrachées sans début ni fin, univers mouvants où tout le monde danse, les fées, les elfes, les nains, les Espagnols, le vent, les feuilles... les tierces !

Dans les Préludes, il y avait la magie noire de François; il faudra désormais compter avec la magie blanche de Bianconi.

Diapason (septembre 2012), Laurent Marcinik